Discours de Frank
Vandenbroucke le 15 janvier 2002:
La Commission de Remboursement des Médicaments
Bruxelles, l' Inami, à l'occasion de la mise en place de la
Commission
Mesdames,
messieurs,
Cela
semble peut-être un cliché mais c’est sans aucune hésitation que je qualifie la
présente réunion de jalon pour les soins de santé de ce pays. En effet, l’importance de la mise en place
de la nouvelle Commission de Remboursement des Médicaments peut difficilement
être surestimée.
Permettez-moi de vous rappeler ce
qui a précédé cette mise en place et ce qui a permis que nous puissions
aujourd’hui donner le coup d’envoi d’une nouvelle approche. Une nouvelle approche qui entraînera une
diminution considérable du temps nécessaire pour décider du remboursement de
nouveaux médicaments.
La
création de cette nouvelle commission s’inscrit dans le cadre de la politique
rénovée en matière de médicaments que j’ai annoncée en novembre 1999, donc peu
après la formation du nouveau gouvernement.
Au cours des mois suivants, au printemps et en été 2000, de longues
concertations intenses ont eu lieu avec les intéressés. Avec les partenaires de l’INAMI tout d’abord
bien sûr, mais aussi avec l’industrie pharmaceutique. Plus que jamais, je suis convaincu que, malgré les différents
points de vue et intérêts qui vont de soi, une discussion ouverte avec
l’industrie pharmaceutique ne peut qu’être bénéfique à la qualité de la
préparation de la politique.
Une donnée
de base lors de la concertation était la confrontation avec les paradoxes qui
reviennent toujours dans notre politique concernant les médicaments : nous
utilisons tous d’une part, souvent trop de médicaments inutilement coûteux et
d’autre part, nous avons pris du retard en ce qui concerne l’offre et le
remboursement de médicaments novateurs.
Notre
préoccupation était et est donc double.
Etant donné que nous estimons que c’est à nous qu’il revient d’employer
les moyens de l’assurance-maladie et l’argent des gens aussi efficacement que
possible, nous menons des actions contre l’utilisation injustifiée des
médicaments (pensez à la campagne relative aux antibiotiques et à la campagne
en faveur des médicaments génériques).
Notre mission consiste également à faire en sorte que de nouveaux médicaments,
meilleurs, mais aussi généralement coûteux, soient rapidement testés sur leur
valeur et soient remboursables s’ils répondent aux attentes.
Partant de
ce double défi, l’innovation a pris forme et le 16 octobre 2000, la note
politique « Politique rénovée en matière de médicaments :
Objectifs et lignes d’action » a pu être publiée. Je ne vais pas ici entrer dans les détails
de cette note (ceux et celles que cela intéresse peuvent la trouver sur mon
site internet www.vandenbroucke.fgov.be). Toutefois, il me semble important de
rappeler que celle-ci décrivait déjà assez précisément la mission de la
Commission de Remboursement des Médicaments qui devait être créée. Depuis lors, le travail législatif a
démarré. La base légale a été publiée
en septembre 2001 et les arrêtés d’exécution fin 2001.
Une autre
étape essentielle avait précédé celle-ci.
Une étape qui doit contribuer en grande partie à la création d’une marge
budgétaire pour un remboursement accéléré.
Mais pour cela, il faut des moyens : qui dit remboursement
accéléré, dit de suite coûts plus élevés pour l’INAMI et ceux-ci doivent être
compensés par d’autres mesures. Vous
avez déjà compris que je parle de l’introduction en juin 2001 du remboursement
de référence. Il a pour but
d’encourager l’utilisation de génériques et, ce faisant, de réaliser des
économies qui contrebalancent la croissance des dépenses attendue, occasionnée
par le remboursement accéléré et qui permettront de faire plus pour les
médicaments novateurs.
La
réglementation de référence est adaptée tous les 6 mois. Depuis qu’elle a été introduite,
l’assurance-maladie a enregistré une baisse des dépenses d’environ 50 millions
d’euros (soit 2 milliards de francs).
Par
ailleurs, nous effectuerons dès lors encore cette année des économies se
montant à 200 millions d’euros dans le secteur des médicaments et
parallèlement, nous demanderons la garantie, au sein du gouvernement, de
disposer d’un budget qui couvre le financement.
Mesdames,
messieurs,
J’espère
que j’ai été clair en ce qui concerne l’importance que j’accorde à
l’introduction de la nouvelle loi et à la tâche qui repose sur les épaules
des membres de la nouvelle commission et de tous ceux qui y collaboreront d’une
manière ou d’une autre. Les membres des
deux commissions qui étaient chargées jusqu’à présent des dossiers de remboursement,
à savoir la Commission de transparence et le Conseil technique des Spécialités
pharmaceutiques savent mieux que quiconque que cette tâche n’est pas simple et
je profite donc de l’occasion pour les remercier de tout cœur de l’ardeur dont
ils ont fait preuve au cours de toutes ces années.
Un élément
central dans la nouvelle réglementation est que nous serons désormais tous liés
à des délais très stricts. Si nous ne
les respectons pas, il ne sera pas tenu compte de votre avis et/ou de ma
décision et des choses que personne ici ne souhaite pourront avoir lieu.
Vous, qui
serez responsables de l’évaluation et vous, qui faites partie de la commission,
disposerez de 150 des 180 jours. En
tant que ministre, j’ai besoin des 30 jours restants parce que je dois obtenir,
pour chaque dossier, un avis de l’Inspecteur des Finances et l’accord du
ministre du Budget.
Lorsque la
décision est prise le 180ème jour, le dossier doit cependant, dans
la législation actuelle, encore être soumis au Conseil d’Etat. La bonne nouvelle est que le Conseil des
ministres a décidé la semaine dernière que pour certaines décisions, il n’y
aura plus d’obligation de consultation à l’avenir. Il en sera de même pour les décisions de modification de la liste
des spécialités pharmaceutiques remboursables.
Quoi qu’il
en soit, le défi qui consiste à travailler dans les nouveaux délais reste de
taille. Je compte dès lors sur vous tous,
président, vice-président, membres du bureau, évaluateurs et secrétariat pour
arriver à un fonctionnement optimal de la Commission de Remboursement des
Médicaments. J’attends de vous que vous
formiez une équipe solide et que vous me transmettiez des avis de très bonne
qualité.
J’espère
également que vous vous rendez compte que vous heurterez inévitablement de
temps à autres à des conflits d’intérêts.
Il n’y a rien de mal à cela, c’est même inhérent à des dossiers de ce
genre, mais cela demande néanmoins un strict respect des règles déontologiques
en matière de discrétion.
...
Ceci étant
dit, je pense qu’il est utile que je m’attarde quelque peu sur quelques
innovations radicales. La première a
trait aux critères scientifiques, budgétaires et sociaux sur la base desquels
un médicament peut se voir admettre ou refuser au remboursement. Je suis convaincu que vous serez de bonne
foi et que vous me donnerez des avis où ces trois critères auront été évalués. Je n’ai donc pas la moindre intention de
m’écarter de vos avis, mais je dois cependant attirer votre attention sur une
partie de la nouvelle réglementation qui peut être lourde de conséquences en
pratique.
Celle-ci
stipule que le ministre peut seulement se détourner de la proposition qui lui est
transmise sur la base de critères sociaux et/ou budgétaires. En d’autres termes, la commission est
souveraine en ce qui concerne les aspects scientifiques du jugement.
De même,
pour ce qui est de la composition de notre nouvelle commission, il y a du neuf. En effet, l’Association générale de l'industrie des médicaments
(AGIM) et le ministre des Affaires économiques seront pour la première fois
associés à la procédure et seront représentés au sein de la Commission de
Remboursement des Médicaments.
La présence de l’AGIM est importante
parce qu’elle contribue à la transparence des débats entre la commission et les
entreprises. En vue d’accroître cette
transparence, l’arrêté royal prévoit d’ailleurs que la CRM puisse, dans
certains cas, inviter une entreprise pour commenter son point de vue.
Tout aussi logique est le fait que
les trois départements concernés (la Santé publique, les Affaires économiques
et les Affaires sociales) assistent aussi à la concertation et puissent
commenter les décisions et les points de vue de leurs ministres respectifs
chaque fois qu’il y a lieu.
Pour
enchaîner, je tiens également à insister sur un autre aspect important de cette
interaction. La fixation du prix et la
décision relative au remboursement demeurent des compétences séparées,
respectivement du ministre des Affaires économiques et de moi-même. Toutefois, il semblait important pour le
gouvernement qu’il existe une interaction maximale durant le traitement des
dossiers.
C’est la
raison pour laquelle il a été prévu que le secrétariat de la nouvelle
commission envoie le 30ème
jour de la procédure au plus tard une première évaluation provisoire du dossier
au ministère des Affaires économiques et au demandeur. L’arrêté royal prévoit explicitement que la
commission n’est d’aucune manière liée par cette première évaluation provisoire.
Mais de
cette façon, le ministre des Affaires économiques dispose quand même déjà,
outre des éléments de nature économique qui sont pour lui essentiels, d'une
première indication en ce qui concerne la valeur thérapeutique du médicament
présenté.
Un dernier
point pour lequel je demande votre attention est ce que l’on appelle les règles
de déremboursement pour les médicaments admis au remboursement. L’arrêté stipule qu’un producteur ne peut
pas décider sans autre forme de procès qu’un certain médicament n’est plus
admis au remboursement. Dans le passé,
on a trop souvent constaté que des patients devaient soudainement payer la
totalité du prix d’un médicament pour lequel, depuis des années, seul le ticket
modérateur leur était compté.
A partir de maintenant, les
entreprises pharmaceutiques doivent donner un « préavis » avant
d’exclure un médicament du remboursement.
De cette façon, chacun a le temps de se préparer à la nouvelle situation
et les patients peuvent chercher des solutions de rechange. Pour les entreprises qui ne respectent pas
la nouvelle réglementation en matière de déremboursement, des sanctions sont en
préparation. Elles seront fixées aussi
vite que possible dans un arrêté royal.
Le délai
maximal du préavis a été fixé à un an.
C’est à vous, membres de la Commission de Remboursement des Médicaments,
qu’il revient de discuter des demandes de délais de transition plus courts et
de les accepter éventuellement. Il va
de soi que ces dossiers demandent aussi les plus grands soins et que la
disponibilité de solutions de rechange et d’équivalents constitue un paramètre
important lors du traitement. Si nous
nous souvenons de l’exemple de Mestinon, nous savons en effet à quel point
certains médicaments sont importants pour le patient.
...
Il me
reste à présent à céder la parole aux autres intervenants, à vous remercier
cordialement de votre attention et à vous souhaiter beaucoup de succès dans les
dossiers qui aboutissent chez vous.