Discours de Frank
Vandenbroucke du 14 décembre 2001:
Informatique et Télématique des Soins de Santé
Bruxelles,
Symposium “Telematics@health-care.be”
(…)
Il y a un an, lors de la première
version de ce symposium, je vous décrivais l’action des autorités en matière de
développement de l’informatique et de la télématique des soins de santé en
trois mots : explorer, soutenir et veiller.
Douze mois ont passé et nous avons…
exploré, soutenu et veillé. La Commission “Normes en matière de Télématique au
service du secteur des Soins de Santé” et ses divers groupes de travail ont
finalisé un ensemble de recommandations qui balisent le futur.
Certaines de ces recommandations
sont en passe de devenir opérationnelles : citons, par exemple, celle relative
à la standardisation des messages électroniques qui nous permet d’entrevoir
enfin, à un niveau concret jamais atteint jusqu’ici, la possibilité d’initier
une communication fluide entre prestataires de soins.
D’autres recommandations demandent
des actions prospectives : celle relative à la signature et aux certificats
électroniques appelle clairement à la concertation entre tous les acteurs
concernés pour qu’un cadre homogène de sécurité soit instauré dans le secteur.
Nous souscrivons entièrement à cette préoccupation et l’appelons de nos vœux :
nous pensons avant tout, tant pour les patients que pour les prestataires, à la
garantie du respect des principes éthiques, d’impératifs juridiques, de
confidentialité et de protection de la vie privée et ces objectifs ne peuvent
être atteints dans l’improvisation.
Ensuite,
dans le cas des systèmes de codification pour la classification des maladies,
la Commission nous a recommandé de promouvoir un système de codification
approprié aux besoins spécifiques de la première ligne de soins et donc de
généraliser l’utilisation de l’encodage selon la classification CISP-2
(Classification Internationale des Soins Primaires) pour la médecine générale
en Belgique. Elle recommande en outre,
pour permettre à terme l’échange fluide des informations codées entre médecine
générale et médecine hospitalière, que la généralisation de l’utilisation de la
CISP-2 soit parallèle au développement et à la diffusion d’outils validés de
transcodage garantissant une traduction des codes CISP-2 en codes
correspondants ICD-10 et inversement. Nous avons par ailleurs initié cette
année des projets de recherche visant au développement et la mise à disposition
d’outils informatiques permettant un encodage systématique de qualité en CISP à
l’aide de thesaurus terminologiques. Ces développements sont d’autant plus
pertinents qu’ils font écho à un des points du rapport du groupe de travail
“responsabilisation individuelle des médecins” de la Task Force Perl (je cite)
: “Le Groupe de travail estime aussi qu'il faut (…) également enregistrer des
caractéristiques de morbidité, par exemple sur la base de la Classification
Internationale des Soins Primaires.”
Parmi
les recommandations en préparation à ce jour, notons des propositions relatives
à l’instauration d’un dossier patient portable d’urgence ou la conservation à long
terme des dossiers patient, électroniques ou pas.
Un
appel aux projets de protocoles de communication entre hôpitaux et médecins
généralistes de leur zone d’attractivité a été réalisé pour la seconde année
consécutive : plus de 60 % des hôpitaux généraux et près de 200 associations de
médecins généralistes ont répondu présents avec des initiatives dont la variété
et la richesse nous interdisent d’en faire l’inventaire, si ce n’est pour dire
qu’il y a là un indicateur de collaborations dynamiques et inventives dont 55 %
ont pour but la mise en place ou le développement de solutions informatiques de
support à la communication entre médecins généralistes et hôpitaux.
Les projets-pilotes relatifs aux
réseaux santé ont produit des résultats intéressants : la synergie qui peut
s’organiser entre tous les professionnels de santé et la notion de partage des
données utiles pour la prise en charge d’un patient autour d’un serveur de
soins de santé, tel que réalisé par les promoteurs du projet dit ABC, ne peut qu’améliorer
la qualité du suivi du patient et la continuité des soins.
Les résultats acquis nous autorisent
à souhaiter l’extension de l’initiative et à y voir des implications
financières doubles : économies en évitant des actes et prestations redondants
inutiles et investissements futurs ciblés pour soutenir la mise en place de
telles infrastructures gérées par des associations télématiques d’utilisateurs
professionnels.
Nous avons d’ailleurs pu observer
que ces collaborations inter-hospitalières avec les partenaires ambulatoires
régionaux apparaissaient spontanément autour de projets divers et nous sommes
persuadés qu’elles contribueront à l’avenir des solutions télématiques de
support au travail coopératif à l’origine de leurs constitutions.
Le
processus d’homologation de logiciels de gestion de dossiers patients en
médecine générale a progressé à tel point que nous pouvons garantir des
résultats pour le premier semestre 2002, ceci en relation avec la première
somme de 190.000.000 de francs belges réservée dans le budget INAMI pour
financer les contrats de services et de maintenance établis entre des médecins
généralistes utilisateurs de produits homologués et les fournisseurs des
produits correspondants.
Une nouvelle spécialité est née : un
arrêté royal et un arrêté ministériel ont été publiés respectivement les 1er et
13 décembre au Moniteur belge pour consacrer l’arrivée du titre professionnel
de “médecins spécialistes en gestion de données de santé”. Il s’agit d’une
étape importante pour la promotion des multiples facettes de compétences
nécessaires à votre domaine. L’étape ultérieure sera la formalisation de
l’organisation de départements d’information médicale dans les hôpitaux.
Ce
bilan est partiel et provisoire : je répète ma conviction qu’il faut donner du
temps au temps, qu’il n’y a aucune urgence et que ce chantier doit être abordé
dans une perspective long terme, sans faire l’économie d’intenses réflexions
préparatoires sur les objectifs et les moyens.
Par
exemple, la constitution de banques de données médicales utiles et la
réalisation de dossiers patients constitués de données géographiquement
dispersées nécessitera à terme le choix d’un identifiant patient unique. Le
premier réflexe serait d’utiliser le numéro de carte SIS qui, dans la plupart
des cas, est le numéro du registre national mais cette extension ne pourrait se
faire que moyennant d’énormes garanties en matière de sécurité et de protection
de la vie privée, à tel point que la question se pose s’il ne serait pas plus
opportun d’instaurer une identification spécifique au secteur des soins de
santé, découplée des usages du numéro national. La réponse n’est pas simple et
nécessitera encore de nombreuses analyses avant d’arriver à une proposition de
sécurité maximale.
Un
autre exemple : nous sommes souvent interpellés par des projets, généralement
télématiques, visant à mettre en place
des dossiers dits médicaux gérés par les patients eux-mêmes, sans intervention
systématique de médecins. Si le patient a certainement un rôle dynamique à
jouer par la notation d’observations au sujet de son état de santé, la
collection de ces données ne peut se substituer à un dossier médical géré et
validé par un médecin : des critères sans ambiguïté doivent être établis.
Comme
vous aurez pu le constater, le temps présent est riche en perspectives : nous sommes dans une phase de récolte de
résultats issus d’années de préparation et nous pouvons maintenant aborder des
stratégies d’implémentation et d’investissements que nous soutenons d’autant
plus qu’elles correspondent à un modèle de gestion qui combine élégamment
collaboration multidisciplinaire, concertations multiples avec les acteurs de
terrain, efficience des processus et qualité des soins.
(…)