Rentrée
de l'ABSyM en des temps politiquement et budgétairement difficiles
En ma qualité de président de l'Association belge des syndicats médicaux,
qui représente à la fois des médecins généralistes et des médecins spécialistes
et qui est le plus grand syndicat médical, c'est pour moi un plaisir et un
honneur de pouvoir vous rencontrer pour la rentrée 2011. Nous profitons de
l'occasion pour vous présenter la version rafraîchie de notre site internet
très consulté dans les locaux que l'ABSyM occupe depuis maintenant presque 18
mois.
Depuis la création des 5 Chambres syndicales en 1962 et en 1963, réunies
depuis 1963 dans ce qui est aujourd'hui appelé l'Association belge des
syndicats médicaux (ABSyM), notre patrimoine syndical s'appuie sur plusieurs
piliers importants. La liberté de choix du médecin par le patient, la liberté
de choix des moyens diagnostiques et thérapeutiques et la protection du secret
professionnel médical et le droit à des honoraires libres en constituent les
éléments essentiels. Depuis des décennies, nos adversaires s'en prennent à nos
principes de base sur un ton dénigrant en les taxant de
"liberté-bonheur" alors que ces principes constituent une pierre
angulaire de la satisfaction du patient belge moyen ainsi que de l'accessibilité
et de la qualité de notre paquet de soins.
Nous n'ignorons pas les attaques lancées contre notre patrimoine et nous
confrontons en permanence nos principes établis à la réalité actuelle.
Nous sommes confrontés à une multitude de questions pour lesquelles la réponse
que nous apporterons sera décisive pour le positionnement de la situation du
médecin dans les soins de santé.
Le principe de liberté justifiée pour le choix des moyens diagnostiques et
thérapeutiques peut-il être maintenu en ces temps de restrictions budgétaires
que nous connaissons actuellement ? Les discussions en vue de parvenir à
un accord ont-elles encore un sens si les moyens financiers font désormais
défaut pour rémunérer correctement les médecins pour leurs prestations
médicales? Où trouver les finances pour faire face au vieillissement attendu de
la population?
Face aux mutuelles, l'ABSyM doit livrer un combat à armes inégales. Les
O.A. ont toujours obtenu des subsides des autorités même s'ils ne les ont pas
toujours utilisés avec discernement[1], tandis que les syndicats médicaux ne
bénéficient d'une contribution modeste des autorités que depuis 2006 pour
apporter leur concours dans les nombreux cénacles de l'INAMI dans l'organisation
de l'assurance-maladie. A l'heure actuelle, les mutuelles reçoivent 1.028 fois
autant de subsides pour leur fonctionnement que les syndicats médicaux : 1,028
milliard d'euros pour les O.A., contre un total de 1 million d'euros pour
les deux syndicats médicaux agréés, montant indexé depuis 2008. En outre, tous
les Belges (11,08 millions d'individus) sont tenus de s'affilier à une mutuelle
et de payer une cotisation dans ce cadre tandis que tous les médecins (40.682[2])
ne s'affilient pas sur base volontaire à un syndicat médical et n'y paient pas
une cotisation, loin s'en faut.
Les médecins sont régulièrement tout bonnement la
risée des autres professions "intellectuelles" à l'annonce des tarifs
INAMI sociaux bas que les médecins sont autorisés à réclamer dans le contexte
du système des accords. Cela fait des années que l'ABSyM réclame une
revalorisation de 5 % par an, et ce pendant 5 ans pour les "prestations
intellectuelles" telles que les consultations, les visites à domicile et
les honoraires de surveillance pour les patients hospitalisés. On lui prête une
oreille on ne peut moins attentive.
Une économie drastique dans les frais
d'administration des O.A. est indiquée et possible. Les mutuelles ont en effet
la fâcheuse habitude de confier toutes sortes de tâches administratives aux
médecins mais de refuser de les payer pour ces services. Le ballast
administratif peut être allégé considérablement. Il sert principalement à
contrôler que les patients et les médecins font un usage correct des moyens
financiers, en prenant comme position de départ que chaque patient et chaque médecin abusent du
système jusqu'à preuve du contraire. L'Alliance nationale des mutualités
chrétiennes présidée par Marc Justaert excelle dans ce domaine.
Les médecins font constamment l'objet d'accusations et d'insinuations. Un
exemple récent concernant l'utilisation des psychotropes en guise
d'illustration : “Les experts réellement indépendants sont rares et les organismes qui
peuvent affirmer une autonomie par rapport aux industries pharmaceutiques sont
très peu nombreux[3].
Les médecins sont par contre quotidiennement en contact avec des
revues sponsorisées par l’industrie pharmaceutique, des plaquettes
publicitaires, des invitations, le cas échéant via des délégués médicaux qui
donnent essentiellement une information orale très orientée. Les moyens mis à
la disposition des sources d’information indépendantes sont dérisoires par
rapport à ceux de l’industrie.[4]." Les médecins généralistes sont ceux qui ont à souffrir le plus – sans
raison – de ces attaques.
Pour l'ABSyM,
pratiquer des actes médicaux avec expertise en ayant conscience des coûts ne
pose pas de problèmes. Le but recherché ne peut toutefois pas être que, du fait
des faibles moyens budgétaires, l'acte économique l'emporte sur l'acte
thérapeutique. Par exemple, concernant l'acceptation du remboursement de certains nouveaux médicaments, il est
clair que les mutuelles font primer l'intérêt économique sur l'intérêt
thérapeutique.
L'ABSyM n'acceptera pas que
les médecins se voient imposer à nouveau des économies infondées et
injustifiées. L'accord du 13.12.2010 a été une pilule dure à avaler
mais était le seul choix possible si les médecins ne voulaient pas perdre leur
indexation et leur statut social pour 2011. Les idées d'économies à
l'aveuglette ont surtout été le fait des Mutualités chrétiennes.
L'ABSyM ne peut plus accepter que les mutuelles bloquent
des années durant la réalisation de prestations acceptées aux niveaux technique
et budgétaire – comme les 2 ans de report du volet prévention du dossier
médical global – afin de pouvoir toucher un "boni".
"Pour la période
1995-2004, les mutualités ont été rendues responsables de l’évolution
budgétaire pour un montant de 175,9 millions d’euros par solde (somme du boni
et du mali). Depuis 2005, par contre, un montant (provisoire) de 552,2 millions
d’euros leur a été octroyé à titre de boni."[5] Nul ne cherche à savoir si et dans quelle mesure
ces bonis accordés aux mutuelles peuvent contribuer à la maîtrise des dépenses
dans les soins de santé, ce qui reste malgré tout le but de ce système. Selon
nous, les mutuelles réalisent ces bonis sur le dos de leurs membres affiliés et
sur celui des médecins.
Nous demandons de toute
urgence qu'une initiative soit prise pour remédier à cette situation par une
adaptation de la législation en vigueur[6].
Alors que les frais d'administration des
mutuelles ont progressé de ± 5 %, les dépenses pour les honoraires médicaux
n'ont augmenté que de 0,43 % entre 2009
et 2010. Les dépenses du premier trimestre 2011 par rapport au premier
trimestre 2010 n'ont progressé que de 0,3 %[7].
Entre 2009 et 2010, le nombre de consultations
effectuées par les médecins généralistes a baissé de 4,0 % et le nombre de
visites à domicile de 5,5 % tandis que le nombre de consultations par des
médecins spécialistes n'a augmenté que de 0,1 %[8].
Le but des mutuelles est-il le démantèlement des soins? Elles veulent ainsi
soustraire la prolongation du dossier médical global (DMG) aux patients et à
leurs médecins généralistes traitants. L'ABSyM réclame encore et toujours que
cette prolongation reste aux mains du patient et du médecin généraliste. En
d'autres termes que ceux-ci puissent ensemble continuer à prolonger "manuellement" le DMG.
Les mutuelles s'efforcent de démanteler les
principes de base de l'accord. Les MC sont parvenues à rallier un membre-patient
à leur cause pour tenter d'obtenir l'annulation par la Cour de cassation du
principe des honoraires libres en chambre individuelle dans le chef de ce
patient. Fort heureusement pour les médecins et pour le système des accords, la
Cour de cassation s'est trompée d'article de loi et le président des MC Marc Justaert peut remiser ses menaces.
Contrairement à la politique, l'ABSyM n'est pas restée les bras croisés
depuis 2007 et au cours de l'année écoulée. Pour les médecins généralistes,
nous avons obtenu une importante revalorisation de leurs honoraires (+ 65 % au
cours des 10 dernières années) et un taux d'imposition réduit pour la prime
d'installation dans des zones à faible densité de médecins généralistes
(Impulseo 1). Les honoraires de nombreuses autres disciplines médicales vivant
principalement du travail intellectuel ont également obtenu des améliorations
substantielles. Pensons par exemple aux pédiatres, aux rhumatologues, aux
oncologues, … Les psychiatres également ont bénéficié d'une importante
revalorisation même si elle n'est pas suffisante. Le secteur ambulatoire des
soins de santé mentale surtout est traité en parent pauvre mais il s'agit là
d'une matière communautaire (flamande) dans laquelle l'ABSyM ne peut
malheureusement pas intervenir.
Par ailleurs, l'ABSyM s'est efforcée d'alléger la charge des gardes à
domicile pour les médecins spécialistes par une extension des honoraires de
disponibilité à un groupe très étendu de médecins spécialistes[9].
Cette dernière année, l'ABSyM se
consacre spécifiquement aux jeunes médecins. A la faveur d'une séance de
brainstorming, l'ABSyM a appris que ces jeunes confrères réfléchissent à la
durée du travail, aux rémunérations, à la charge de travail et aux modes de
collaboration possibles. Dans le cadre de la défense des intérêts des jeunes
médecins, nous travaillons au niveau de la Commission paritaire
médecins-hôpitaux à un compromis acceptable entre les médecins et les
représentants des hôpitaux en vue d'une rémunération correcte des heures
supplémentaires des médecins spécialistes en formation.
Avec notre site internet rafraîchi,
nous espérons pouvoir susciter un plus grand intérêt auprès de nos jeunes
confrères. Non seulement à eux mais bien sûr également à nos membres existants,
nous entendons proposer une source d'informations sur les sujets les plus
divers présentant un intérêt pour leur profession. Par un système interactif,
les membres peuvent demander toutes les informations pertinentes par un log-in
et être informés au moyen des newsletters hebdomadaires. Les médecins peuvent
également faire appel à ce système comme caisse de résonance pour la
formulation de leurs attentes.
Par ce nouvel élan, l'ABSyM entend
faire un pas en avant vers le futur. Si cela se fera avec ou sans un accord
médico-mutualiste dépendra de la politique budgétaire des autorités et de la
correction des partenaires de négociation.
Dr Marc MOENS,
Président,
15.09.2011
[1] Cf. le scandale des mutuelles dans les années 1980 qui a débouché sur la condamnation d'Edmond Leburton, président de l'Union nationale des mutualités socialistes, début 1991. L'Alliance nationale des mutualités chrétiennes y a échappé en raison de la prescription.
[2] D'après le rapport annuel 2010 de l'INAMI, p. 87, 5e partie, tableau 2, à la date du 31.12.2010, on comptait 40.682 médecins ayant le droit d'effectuer des prestations INAMI.
[3] Le Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique (CBIP) en est un ainsi que la revue Prescrire en France.
[4] “Note d’orientation sur l’usage des psychotropes en Belgique”. Doc. CNMM 2011/57 ; réunion CNMM 12.09.2011.
[5] Citation de "Estimation et maîtrise des dépenses de soins de santé". Rapport de la Cour des comptes transmis à la Chambre des représentants de juin 2011.
[6] Articles 196 à 201 de la loi S.S.I. du 14.07.1994.
[7] Doc. CNMM 2011/48 du 01.08.2011
[8] Rapport standardisé concernant les dépenses comptables de l’année 2010 (audit permanent). Doc. CNMM 2011/41 du 19.06.2011
[9] La limitation aux 11 disciplines de base ou groupes de disciplines de base a été remplacée par un renvoi aux porteurs des titres professionnels particuliers visés à l'article 1 de l'A.R. du 25 novembre 1991 établissant la liste des titres professionnels particuliers réservés aux praticiens de l'art médical, en ce compris l'art dentaire.