Communiqué de presse de la ministre AELVOET

 

 

Un protocole de coopération pour le développement des soins de première ligne

25 juillet 2001


 

1. Contexte

L’accord gouvernemental stipule que les prestations de soins au patient doivent avoir lieu au niveau le plus approprié et que dès lors les soins de première ligne (1) doivent être stimulés. Par ailleurs, cela permet d’amorcer une clarification du rôle central du médecin généraliste dans le cadre de ces soins de première ligne.

Cette première ligne n’a cependant encore aucune existence officielle, ses activités sont souvent sous-estimées et négligées ; et elle ne dispose d’aucun canal par le biais duquel un financement public éventuel (indépendamment des prestations de soins individuelles) serait possible. Une structure et un financement corrects sont toutefois indispensables pour permettre une organisation professionnelle de la coopération nécessaire au niveau de la première ligne, en vue de soins optimums aux patients, et pour dépasser le cadre de la bonne volonté et du volontarisme de certains prestataires de soins.

Les différents gouvernements souhaitent que ces lacunes soient comblées et que la première ligne devienne un partenaire à part entière, visible et accessible, dans le système des soins de santé.

Etant donné que les compétences en matière d’organisation des soins de santé sont réparties entre plusieurs ministres et entre les Régions, les Communautés et le gouvernement fédéral, la coordination et la cohérence de la politique en la matière sont nécessaires. Bien que la réforme de l’Etat soit à certains égards quelque peu complexe, cela ne doit pas nuire à l’accès aux soins pour le patient.

2. Que va-t-on faire ?

Pour y parvenir, un protocole sera signé aujourd’hui entre le gouvernement fédéral et les différents gouvernements des Communautés et Régions. Une série d’engagements seront pris dans ce protocole.

1. Le gouvernement fédéral s’engage, dans la limite de ses compétences, en application de l’art. 5 de la loi du 27/06/1978, après avoir consulté les Communautés/Régions, à définir des normes pour l’agrément spécial des services intégrés de soins à domicile (SID) et à programmer le nombre de services.(C’est une base de départ, prévue dans la loi de 1978, en attendant une loi sur la première ligne).

Cet agrément spécial pourra être accordé à un service répondant aux caractéristiques suivantes:

·         le service comprend au minimum les médecins généralistes, infirmiers/-ères et structures de coordination agréés par les Régions/Communautés au sein de la zone, telle que spécifiée ultérieurement;

·         le service doit promouvoir la collaboration entre les prestataires de soins;

·         le service doit collaborer de manière structurelle avec les établissements des maisons de repos et des maisons de repos et de soins, les hôpitaux et les structures de soins à domicile ; le service collabore, à la demande du patient, avec des établissements en dehors de la zone.

·         le service veille à l’organisation pratique et l’appui des prestataires de soins, choisis librement par le patient, en vue de l’évaluation de l’indépendance fonctionnelle, de la concertation multidisciplinaire, du plan de soins et de la définition des tâches.

·         le service assure l’enregistrement des activités dans ce domaine et pour les différentes parties contractantes ;

·         un seul service peut être agréé par région d’un seul tenant, sauf pour la Région de Bruxelles-Capitale où une zone géographique peut faire partie du territoire d’activité d’un service qui se reconnaît comme appartenant soit à la Communauté flamande, soit à la Commission communautaire francophone, soit à la Commission communautaire commune.

Le nombre de services intégrés de soins à domicile est limité à, en moyenne, un service par tranche de 70 000 habitants, étant entendu que chaque Communauté/Région peut agréer au moins 2 services.

 

2. Les Communautés/Régions s’engagent, dans la limite de leurs compétences, à:

1.    procéder à la délimitation des zones

2.    agréer les services intégrés de soins à domicile ;

3.    créer une législation permettant de greffer des missions complémentaires aux services intégrés de soins à domicile et à prévoir un financement adéquat pour ces missions;

4.    la Région wallonne mettra sur pied des projets pilotes, qui seront généralisés après évaluation.

3. Pourquoi fait-on cela?

 

Ce protocole a pour objectif de proposer aux patients une offre de soins la plus cohérente et la plus accessible possible et ce, au niveau le plus approprié.

Pour atteindre cet objectif, il convient de:

1.    mieux informer, conseiller et accompagner le patient au cours du processus de soins.

2.    optimaliser la collaboration entre les acteurs de première ligne.

3.    renforcer de différentes façons la permanence et la continuité du processus de soins, tant au sein de la première ligne qu’entre les différents échelons.

4.    stimuler des soins de qualité, entre autres, par l’optimalisation de la concertation multidisciplinaire, la mise au point de programmes de soins, la collecte adéquate de données et le feed-back rapide aux prestataires.

Ce protocole ne vise pas la création de structures entièrement nouvelles, car il existe déjà des initiatives pour l’organisation d’une collaboration de première ligne. Le but est justement de mettre en place une structure de première ligne sur la base des initiatives existantes qui repose sur les droits du patient : le droit au libre choix d’un prestataire de soins, à une information claire sur l’offre de soins, à la transparence des structures et des organes consultatifs, à des prestataires de soins compétents, à l’accessibilité des soins de santé, à la participation de chacun dans le trajet de soins.


Cette structure doit être constituée par et pour tous les travailleurs de première ligne et doit donc être gérée par ceux-ci en tant que prestataires de cette première ligne, et non par des spécialistes, des hôpitaux et des organisations.

La structure de première ligne a un caractère échelonné et territorial et est composée de trois niveaux :

 

·         le niveau des prestataires, qui peuvent être actifs dans différentes sortes de pratiques (des médecins généralistes qui pratiquent en individuel, infirmiers/-ères indépendant(e)s, etc. aux pratiques de groupe multidisciplinaires), mais qui ont la même valeur en tant que type de pratique;

·         le niveau local où sont organisés la collaboration concrète et la planification des soins aux patients particuliers;

·         le niveau d’articulation à partir duquel sont organisés une région de soins, un territoire géographique d’un seul tenant, des missions spécifiques relatives à l’organisation de première ligne. Ce niveau d’articulation supralocal doit être totalement associé et complémentaire aux initiatives existantes, qui ont généralement déjà été mises en place par les Communautés et donnent de bons résultats, comme les SIT, les accords de coopération palliatifs, les LOGOS, les Centres de coordination des soins et des services. Cela signifie qu’à terme les structures de concertation existantes pourront être reprises dans une structure et un financement fédéraux qui tiennent compte des options déjà évoquées. Tout le monde s’accorde à dire qu’il ne doit exister qu’une seule structure à ce niveau d’articulation régional. Il se peut que cela nécessite des ‘travaux d’aménagement’ de certaines initiatives existantes, pour lesquels les acteurs de ces structures existantes devront travailler en étroite collaboration avec les autorités. C’est également à ce niveau que des accords solides doivent être conclus dans un Etat fédéral entre les autorités fédérales et les entités fédérées.

4. Très concrètement, cela signifie:

1. Dans une phase initiale:

La loi coordonnée du 14 juillet 1994 sur l’assurance maladie-invalidité permet une indemnisation de la concertation multidisciplinaire et des frais de fonctionnement qui y sont liés.

2. A terme:

1.   Amélioration de la collecte des données du secteur ambulatoire

2.   Développement d’une concertation structurelle en vue d’organiser et harmoniser les rapports entre la première ligne et le deuxième et troisième échelons

3.   Contrôle de la qualité au niveau de la population

Dans cette optique, le gouvernement fédéral et les Régions/Communautés s’engagent à continuer à se concerter sur la possibilité de conclure, dans le prolongement de ce protocole, un accord de coopération sur la structuration des soins de santé de première ligne.

3. Un premier objectif à réaliser : agrément des cercles de médecins généralistes

Outre la signature de ce protocole, notre préoccupation majeure au sujet du développement de la première ligne est l’agrément des cercles de médecins généralistes. A cet égard, des arrêtés royaux seront publiés prochainement permettant aux cercles de médecins généralistes, qui répondent à certains critères, d’obtenir un agrément officiel et d’être financés pour la réalisation de leurs missions.

 

Un cercle de médecins généralistes pourra ensuite intervenir comme représentant des médecins généralistes de sa région de soins et, en tant que tel, être le point de contact zonal pour les médecins généralistes et dans le cadre des stratégies locales de mise en œuvre de la politique de santé. Le cercle de médecins généralistes organisera également le service de garde de médecine générale au sein de la région de soins. De même, celui-ci pourra être composé de plusieurs services de garde garantissant ensemble un seul service de garde pour l’ensemble de la région de soins.

Cependant, un seul cercle de médecins généralistes pourra être agréé par région de soins.

 

Ce protocole a donc également une signification importante pour l’agrément des cercles de médecins généralistes. En effet, suivant le principe de territorialité, tel que défini ici, la « région de soins » sera une donnée importante pour ces cercles de médecins généralistes. Le but est évidemment que les cercles de médecins généralistes qui fonctionnent correctement à l’heure actuelle soient reconnus comme tels. Pour ce faire, il va de soi que leur territoire doit correspondre au territoire de la région de soins qui sera délimitée.

 

Etant donné que, d’après le protocole, il revient aux Communautés de décrire ces régions en fonction de la manière dont la première ligne est organisée (en se basant sur les structures existantes), il est crucial d’organiser à cet effet une concertation entre les cercles et les Communautés.


(1) On entend par « soins de santé de première ligne », le niveau de soins de santé où les professionnels se consacrent au premier accueil et à l’accompagnement professionnel des problèmes de santé, que le patient n’est pas à même de résoudre lui-même. Il s’agit, en d’autres termes, de l’approche ambulatoire, non-spécialiste.