"Le Journal
du Médecin" - N° 1268 - vendredi 19 mai 2000
Samedi dernier, l'administration des
Affaires sociales et de la Santé publique lançait officiellement les
9 collèges de médecins dans les hôpitaux. Nommés en septembre 1999, la
plupart d'entre eux à partir d'initiatives de terrain, ces collèges sont
chargés d'améliorer la qualité des soins dispensés dans les hôpitaux. Bien que
sis à la Santé publique, ils s'appuient sur l'adhésion volontaire, loin de
toute coercition. On y parle (provisoirement en tout cas) de qualité des soins
et non des coûts. Jacques de Toeuf leur apporte son soutien. Sous bénéfice
d'inventaire.
Nous vous en parlions dès juillet 99
(lire le JdM du 2 juillet 1999): l'approche qualitative fait son chemin
dans les hôpitaux. Elaborés au départ des projets peer review menés depuis près
de 5 ans à l'initiative des professionnels dans les domaines de la
néphrologie, de la cardiologie et de la radiothérapie, neuf disciplines
sont concernées par les collèges inaugurés samedi: procréation médicalement
assistée (PMA), services de gériatrie, néonatologie intensive, radiothérapie,
centres de dialyse rénale, soins d'urgence spécialisés et intensifs et
radiologie avec RMN.
Ces collèges ont trois missions: tout
d'abord établir un modèle d'enregistrement pour collecter des indicateurs de
qualité ciblés sur les ressources, le processus et les résultats. Réaliser,
ensuite, un feed-back vers les chefs de service et les médecins chefs et enfin,
établir un rapport annuel sur la qualité pour la structure de concertation
tripartite (médecins-gestionnaires-OA).
Les collèges sont chapeautés par un groupe
de travail spécifique présidé par Jacques de Toeuf qui leur apporte un soutien
moral. Le groupe est créé au sein de ladite structure tripartite. Il est
composé de membres des collèges et de la structure de concertation. Le groupe
de travail fixe les directives générales à l'intention des collèges et analyse
leurs rapports (anonymisés). A charge pour l'autorité de se baser sur ce
travail pour formuler des recommandations en matière de programmation,
d'agrément ou de financement hospitaliers.
Comme on le disait, ces collèges sont nés
d'initiatives de terrain qui avaient pour finalité unique d'expliciter la
qualité dans la discipline. Le cadre n'était ni contraignant ni coercitif ni…
financé. L'autorité ne s'y intéressait pas plus que cela.
Quatre initiatives ont, de par leurs
quelques années d'heures de vol, une expérience particulière: la cardiologie,
la néphrologie, la radiothérapie et la transfusion. Cette dernière s'est
penchée sur l'utilisation du sang et de ses dérivés dans le cadre de
pathologies ciblées visant à simplifier la collecte. Le (futur) collège de
radiothérapie s'est chargé, lui, de conformité de protocoles concernant les
patients oncologiques censé avoir des résultats en termes de calibrage des
appareils et de standardisation des doses administrées. Les néphrologues ont,
quant à eux, réalisé une Banque de données minimale d'activité prospective leur
permettant de formuler des recommandations générales.
Partout, il s'agit du même but: aider la
spécialité à améliorer sa façon de travailler selon une formule participative
mais avec des moyens et des méthodes différents. A l'avenir, la
pluridisciplinarité (qui n'est pas le fort de ces collèges pour le moment) sera
renforcée, de même que les liens avec les acteurs qualité existants: Glems et
peer reviews.
Jacques de Toeuf, grand Absymien devant
l'Eternel, leur apporte une caution morale. Mais elle se mérite. Il a ainsi
bien circonscrit les limites de son soutien, sous l'œil du grand manitou de
l'administration de la Santé publique: Chris Decoster. "Les collèges
n'ont pas l'intention de rédiger le Guide Michelin des services mais de faire
une évaluation permanente de la qualité dans une dynamique de réflexion. C'est
une opportunité à saisir puisque pour la première fois, vous vous penchez sur
les données que vous voulez. Cela ne débouchera pas, en principe, sur des
normes fourvoyées par un Colla sur des quarts d'infirmières par m² de bureau.
Les données ne seront pas détournées: vous avez les clés, la confiance dans le
groupe de travail et en vos collègues. Si vous deviez constater que cette
initiative était détournée de son but, il vous resterait, ainsi qu'à moi-même,
à vous en désolidariser."
Bref, l'initiative relève de la belle
ouvrage. "Pour autant, rappelle Pascal Meeus, directeur de la
qualité à la Santé publique, que ces collèges demeurent crédibles,
c'est-à-dire légitimés par la présence en leur sein de membres reconnus de la discipline,
susceptibles de fournir à l'autorité des données pertinentes pour son action et
respectés par ces mêmes pouvoirs publics quant à leur conclusion."
Meeus a été entendu: lundi, Frank Vandenbroucke chargeait déjà les collèges de
se pencher sur les données RCM-RFM tout récemment croisées (voir par ailleurs)…
Nicolas
de Pape