
COMMUNIQUE de PRESSE
du 21 octobre 2002
PUNIR LES MEDECINS PARCE QU’ILS SOIGNENT
A force de le répéter et de l’affirmer sans preuve, tout le monde est
convaincu qu’il existe une grande surconsommation des soins en Belgique.
Pourtant …
·
tous
les observateurs scientifiques sont d’accord pour constater que toutes les
grandes pathologies (hypertension, diabète, asthme, bronchite chronique, dépression)
sont sous-diagnostiquées et sous-traitées.
· Notre médecine est une des meilleures du monde. WMRC (firme britannique d’audit), cette année encore, classait notre pays en tête des 175 pays analysés pour la qualité des soins.
·
L’OCDE classe
notre pays dans la moyenne des pays industrialisés en ce qui concerne les dépenses
en soins de santé avec 8,8 % du PNB.
Par ailleurs, les médecins belges ont
largement contribué à l’instauration d’un système de promotion de la
qualité et de l’efficience. Ils
ne sont pas adversaires non plus de lutter contre les abus éventuels.
La responsabilisation individuelle imaginée par le Ministre
Vandenbroucke est cependant inacceptable dans sa forme actuelle.
Elle vise plus que les abus, elle veut induire la crainte de prescrire
chez tous les médecins.
Cette loi donne le pouvoir au contrôle médical
de déterminer le seuil de prescription à partir duquel le médecin est en
effraction. Même si le contrôle médical
doit attendre six mois pour que ses propositions aient force de loi, c’est un
peu comme si la police déterminait elle-même les infractions qu’elle va
sanctionner.
De plus, dès qu’il dépasse ce seuil, le médecin est considéré
comme en infraction, c’est à lui de prouver que ses prescriptions étaient
justifiées. C’est ce qu’on
appelle le renversement de la charge de la preuve.
Enfin, le médecin n’a pas le droit de se défendre devant une instance
impartiale mais seulement devant l’inspecteur du contrôle médical (le contrôle
médical est en plus juge et partie, car les amendes ou les remboursements éventuels
seront au profit de son employeur, à savoir l’INAMI).
L’instance impartiale en question, le Comité de Contrôle Médical
jugera seulement sur pièces, c’est à dire le rapport de l’Inspection et sa
proposition de sanction. Ce n’est
qu’en appel que le médecin peut être entendu de manière impartiale. (NB :
dans une première mouture, le Comité du Contrôle Médical où siège un
magistrat et des médecins de l’Ordre, des instances syndicales et des
mutuelles, était supprimé).
Les amendes sont exorbitantes. Dans
un premier temps, elles pouvaient atteindre 25 % des remboursements environ 20%
de ses honoraires annuels). Le
Conseil d’État a d’ailleurs estimé qu’il ne s’agissait plus
d’amendes administratives mais de sanctions pénales.
Dans ce cas, il estime « que,
si l’amende est qualifiée de sanction pénale, certains éléments de la procédure
décrite aux articles 73 et 141 § 2 du projet de loi, peuvent difficilement
satisfaire aux garanties procédurales qui découlent, pour le citoyen, des
dispositions précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l’homme et des libertés fondamentales. ».
On peut d’ailleurs s’étonner qu’il n’en soit pas ainsi en droit
administratif.
Dans la proposition actuelle, ce pourcentage de
25% a été supprimé mais le montant maximum se situe encore à hauteur
de 10.000€, ce qui reste considérable et ne rend pas sans objet la remarque
du Conseil d’État.
Comme faisait remarquer le directeur du Contrôle Médical, le but
n’est pas de punir tous les médecins mais de faire quelques exemples.
C’est bien là la méthode du terrorisme : non pas de toucher tout
le monde mais de frapper tous les esprits.
Il est clair que la victime ne sera pas le médecin.
Il se tiendra à distance respectable des seuils menaçants mais il
n’aura plus à cœur le meilleur intérêt du patient qui en sera, lui, la
victime.
Dr Roland LEMYE
Secrétaire Général de l’ABSyM